Pharaon et la guerre : conscrits et mercenaires
Dès la constitution de l’État pharaonique, malgré la rareté des sources, il apparaît que le pouvoir central avait mis sur pied un ensemble de troupes de police et de forces armées gardant les frontières et s’opposant aux agressions extérieures. Lance, massues et matraques ainsi que l’arc à double courbure forment l’essentiel de l’armement. Ce n’est qu’après la fin de l’Ancien Empire et avec le renouveau thébain du Moyen Empire qu’il devient possible de définir le statut et la composition de l’armée égyptienne. Les corps de combat réglés et encadrés sont formés de fantassins issus de la conscription ou volontaires, munis de lances, haches, poignards longs et boucliers. Ils sont désormais associés à l’«artillerie» primitive des compagnies de redoutables archers nubiens. La puissance des arcs droits de ces soldats de métier – analogues à ceux des archers anglais d’Azincourt –donne ainsi aux troupes combattantes une supériorité incontestable sur leurs adversaires mal organisés utilisant encore l’arc à double courbure de moindre portée. Cette suprématie s’effondra vers la fin du Second Millénaire a.C., devant les moyens de combat inédits des envahisseurs Hyksos venus d’Asie aux mains de qui tombèrent le Delta et la majeure partie de la Moyenne-Égypte. Leur force de frappe utilisant des chars attelés d’étalons ou d’onagres et leurs armes puissantes mit en déroute les fantassins égyptiens terrorisés par ces animaux inconnus. Dans le Sud, pour la grande guerre de libération, il fallut la volonté inflexible et la persuasion des pharaons Kamosis et, surtout, Ahmosis (début XVIIIe dyn.) pour vaincre la peur panique de leurs hommes devant les chevaux et parvenir à constituer des unités de chars pourvues d’armes aussi efficaces que celles de leurs ennemis. La Vallée étant dépourvue de routes, pour la victoire finale d’Avaris, une batellerie militaire spéciale permit d’acheminer au nord les équipages de chars et les compagnies de fantassins. Tous les animaux sont attelés, seules les vedettes de reconnaissance et les estafettes sont des cavaliers montant à cru des étalons. L’organisation des corps d’armée alors établie incluant conscrits, volontaires, puis les premiers mercenaires étrangers (sous Ramsès II), restera en vigueur jusqu’au Sixième Siècle a.C. et s’appliquera à toutes les opérations extérieures, de Thoutmosis III aux derniers Ramessides. La crise économique du Premier Millénaire, l’introduction de la monnaie et les multiples invasions étrangères (Assyriens, Perses) changent alors la donne. À partir de la XXVIe dynastie, l’or de Nubie permet d’enrôler en masse des mercenaires hellènes, hoplites ou cavaliers. Tactique et organisation originelles de l’époque impériale n’ont plus cours et même si, jusqu’à la conquête d’Alexandre en 331 a.C., le commandement supérieur demeure égyptien mais les soldats indigènes sont désormais réduits à un rôle secondaire d’auxiliaires.